La douceur.

La douceur est sans doute ce dont nous sommes nous-mêmes le plus privés non pas parce que quelqu’un ou quelque chose nous en prive, mais parce que nous ne nous l’accordons pas à nous-mêmes.

Ce qui demande que nous nous refusions à nos colères, qui seront toujours pour nous justes et fondées, mais avec douceur envers nous-mêmes.

En reconnaissant que nous échouons, que nous faisons ce que nous ne voudrions pas faire et ne parvenons pas à faire ce qui nous semble juste. Cette reconnaissance que nous nous accordons alors, cet aveu de faiblesse nous permet déjà de ne pas rejeter cette réalité humaine comme une faute que nous commettons à cause des autres !

La violence ne s’arrête que de deux manières : soit en étant plus fort que notre adversaire qui est alors soumis ou détruit. Mais c’est là une approche risquée parce que l’autre a peut-être plus de ressources que ce qu’il paraît avoir d’une part. Et que, d’autre part, même le plus fort des combattants a des passages à vide dont l’autre, dans un rapport de force, pourra profiter pour l’emporter non pas grâce à son talent, mais à cause de notre faiblesse !

Et si l’ennemi n’est pas totalement et définitivement soumis ou détruit, qui peut nous garantir qu’il ne reviendra pas plus tard mieux préparé, plus fort que nous ?

La seconde manière d’arrêter la violence est la douceur. C’est-à-dire d’user de moyens fermes, mais souples, avec calme et détermination. Efficaces mais non brutaux.

Sans avoir peur de prendre le risque de s’approcher suffisamment près de l’adversaire pour entrer dans son agressivité avec un résultat paradoxal : c’est ce qui nous en protégera le mieux tout en lui permettant de sortir de sa violence.

Si nous ne gagnons pas un ami (ce n’est certainement pas l’objectif) au moins nous aurons un ennemi de moins qui n’aura pas été humilié mais pourra réfléchir à ce qui l’a poussé à agir.

Car, lorsque nous sommes poussés, ce n’est pas nous qui agissons, mais quelque chose ou quelqu’un qui a réussi à nous faire agir, malgré nous. Peut-être pour notre bien, pour nous écarter d’un danger que nous n’avons pas vu. Ou peut-être pour nous faire tomber dans un piège.

La douceur nous permet d’agir selon notre raison et non pas selon nos passions et humeurs. La douceur est la condition d’un agir libre.

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